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d’histoire et de littérature.

Rome [1]. Il serait à souhaiter que les travaux analogues du même auteur, publiés dans la Revue numismatique[2] fussent, réunis en un volume et mis à la disposition des celtisants auxquels ils épargneraient quelques tâtonnements.

D’un autre côté, il faut remarquer qu’aucun manuscrit de César, de Pline, de la Notitia Provinciarum Galliae, de la Notitia Dignitatum n’offre la leçon Riedones, Les meilleurs ont Redones, les autres Rhedones. Ptolémée donne Ῥηήδονες, mais pour l’orthographe d’un nom latin, il vaut mieux recourir aux auteurs latins eux-mêmes. Or on peut poser comme une règle très-sûre que les bons manuscrits sont toujours d’accord avec les inscriptions pour l’orthographe des noms propres. Pour ne pas sortir de la Gaule le fait a été prouvé mainte fois, par exemple par M. Aug. Bernard à propos des Segusiavi, par M. L. Renier à propos des Ceutrones, par M. Chabouillet à propos des Vellavi[3]. Dans une publication moins soignée que celle de M. M. on aurait pu croire à une faute de lecture, mais cela n’est pas possible vu l’examen minutieux que l’auteur a fait du monument et les précautions qu’il a prises pour le reproduire exactement.

On ne peut pas davantage songer à une négligence du graveur de lettres, puisque l’inscription est « tracée en capitales romaines d’un style extrêmement pur et d’une facture soignée. » Il faut donc admettre rhedones, qui s’écarte moins que riedones des manuscrits les plus autorisés[4].



156. — Quellenbuch zur Schweizergeschichte, eine Sammlung aller auf die heutige Schweiz bezüglichen Stellen der griechischen und rœmischen Autoren, bearbeitet von Dr Wilhelm Gisi. Bern, Rieder et Simmen, 1869. In-16, xvij-429 p. — Prix : 4 fr. en Suisse ; à l’étranger le port en sus.

Il ne suffit pas aux érudits suisses de procéder avec une ardeur patriotique au dépouillement de leurs archives : l’un d’eux, le Dr W. Gisi vient de reproduire et d’analyser les textes des historiens grecs et latins qui se rapportent à l’histoire de la Suisse.

C’est ce que dom Bouquet avait fait pour la Gaule : pour s’appliquer à un

  1. Note sur la forme de la lettre E dans les légendes de quelques monnaies gauloises. Revue numismatique, 1856, p. 73-87.
  2. 1860, sur la forme de la lettre F dans les légendes, etc., p. 175-189. 1863, sur la terminaison OS dans les légendes, etc., p. 160-168. 1864, de l’Anousvara dans la numismatique gauloise, p. 333-350.
  3. Ce dernier savant (sur une main de bronze, etc. Rev. archéolog. XX, 183) établit qu’il faut rejeter absolument la leçon Οὐέλαυνοι, qui est le nom des Vellavi dans Ptolémée, et cela prouve que le texte du géographe grec ne doit être consulté qu’avec beaucoup de précautions pour l’ethnologie gauloise.
  4. [M. M., dans une communication particulière, appuie son opinion sur l’ie de Riedones du rapprochement avec la forme Agied. qu’on rencontre une fois et qui représente certainement Agedincum. Mais d’abord l’e de Agedincum est regardé comme bref dans la grammaire de Zeuss, n. éd., p. 36, où on compare la diphthongaison de l’e dans ce mot à la diphthongaison romane de l’e bref et non à la diphthongaison irlandaise de l’e long ; ensuite je serais porté à décomposer Agied. en A-gj-ed. plutôt qu’en A-gie-d., et à regarder l’i qui suit le g comme marquant l’affaiblissement de cette gutturale et non la diphthongaison de la voyelle ; cf. Scnuchardt, Vokalismus, t. I, p. 70 ss. Il faudrait connaître l’âge du monument où figure cette forme. — Sur d’autres mots gaulois où se trouve ie, voy. Zeuss, p. 35. — G. P.]