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Page:Revue Touring-club de France avril 1902.djvu/2

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REVUE MENSUELLE


tait solennellement, aux applaudissements du monde savant, la médaille commémorative que lui offraient ses élèves et ses admirateurs. (Applaudissements.)

Je serai, Messieurs, j’en suis certain, l’interprète de vos sentiments en adressant par avance à nos deux collaborateurs, à l’homme de science et à l’homme d’expérience, doublé d’un publiciste éminent l’expression de notre vive gratitude pour le bon service qu’ils rendent aujourd’hui, et au Touring-Club et à la cause si noble, si élevée, de l’éducation physique. (Applaudissements.)


À cette petite allocution, notre très distingué, très respecté collaborateur M. Marey, membre de l’Institut, membre de notre Comité technique, présidant la séance, a répondu ainsi :


Mesdames, Messieurs,

M. Ballif, notre cher président, m’a fait grand honneur en me faisant asseoir dans ce fauteuil ; il a même pris la peine de me présenter à vous, qu’il reçoive tous mes remerciements.

Il pourrait vous sembler étrange de voir en cette place un professeur, un physiologiste, un homme de laboratoire, tandis que vous êtes des adeptes du plein air, de la vie libre et active, et que vous aimez mieux aller chercher les beau sites et les monuments de notre pays, plutôt que d’en lire la description. Vous préférez, avec raison, connaître par vous-même nos arts, les produits de notre sol ou de notre industrie, voir et comparer, vous faire enfin des idées personnelles, au lieu de puiser sans cesse dans les livres les pensées des autres.

Eh bien, M. Ballif vous a montré que par des moyens différents nous poursuivons le même but ; que vous par la pratique et nous par la théorie, nous sommes les éducateurs de la génération nouvelle et formons des jeunes hommes forts, adroits, entreprenants et physiquement préparés aux exigences de la vie moderne. (Applaudissements.)

Les physiologistes, en effet, étudient le mouvement, ce caractère essentiel de la vie : et grâce à des méthodes particulières et à des appareils spéciaux, l’analysent dans tous ses détails. Ils cherchent à loisir le mécanisme propre de toutes les espèces animales, le vol des oiseaux et des insectes, les divers modes de natation, les allures des quadrupèdes et particulièrement celle du cheval. L’homme enfin et surtout, est le sujet de leurs études. Ils savent surprendre la meilleure façon de courir, de sauter, de ramer ou de lancer un poids. Et, dans l’étude des divers sports, ils saisissent la manière dont s’y prennent ceux qui sont arrivés à la plus grande perfection. De cette façon, ils sont capables d’enseigner la théorie des exercices corporels, et d’éviter ainsi aux débutants une grande partie des tâtonnements et des essais que la pratique seule exigerait d’eux.

M. de Coubertin que vous allez entendre est aussi un éducateur de la jeunesse, mais un éducateur complet, qui fait une part équitable aux travaux de l’esprit et aux exercices corporels. Il a cherché le meilleur moyen de former des intelligences supérieures unies à toutes les aptitudes corporelles, il a atteint son but d’une façon remarquable.

L’éducation classique nous prépare bien peu à la connaissance du monde présent. M. de Coubertin


comble cette lacune. Il nous initie aux méthodes d’éducation en usage chez les nations voisines afin que nous profitions de ce qu’elles ont de meilleur ; il a dressé magistralement le tableau de l’état politique et social des différentes puissances de l’Europe et de l’Amérique : il montre pour chacune son évolution, ses tendances, ses forces et ses faiblesses et fait assister son lecteur au conflit incessant des forces morales et matérielles que présente le monde.

Il a voulu aussi faire initier les étrangers aux conditions politiques et sociales de notre pays ; c’est à la grande république américaine qu’il s’est attaché à faire connaître la nôtre. Des prix qu’il a fondés sont chaudement disputés par de jeunes américains qui discutent librement sur notre politique, nos finances, notre colonisation, etc. ; les lauréats de ces concours font preuve d’une connaissance approfondie des choses de notre France.

Pour l’éducation physique, M. de Coubertin s’est élevé des premiers contre ce qu’il y a de monotone et de peu utile dans nos anciennes méthodes de gymnastique scolaire, il a contribué pour une large part à propager chez nous les jeux et les sports. Il a même ressuscité en leur lieu d′origine les jeux athlétiques de la Grèce antique : sur le stade reconstruit, il a fait reparaître en 1896 les anciens Jeux Olympiques. Depuis lors, on a réappris à lancer le disque, la course de Marathon est devenue dans les concours une épreuve en usage.

On nous annonce pour 1904 la troisième célébration des Jeux Olympiques modernes. Elle aura lieu cette fois à Chicago.

Vous voyez combien est complet, je pourrais dire universel, l’orateur qui va vous exposer sa « Nouvelle formule d’Éducation physique ». Je ne veux pas retarder le plaisir que vous aurez à l’entendre. (Vifs applaudissements.)

M. Maarey a donné ensuite la parole à M. de Coubertin pour sa conférence.


Une nouvelle formule

d’Éducation physique

Conférence faite à la Salle de la Société de Géographie
le jeudi 20 mars 1902
par le baron Pierre de Coubertin



Mesdames, Messieurs,

Je rêvais l’autre soir que j’appartenais à la rédaction du Vélo et qu’en cette qualité je me livrais à une série d’interviews sur l’Éducation Physique auprès de personnages qualifiés… Ces personnages étaient très bien choisis, comme vous allez en juger si vous me permettez de vous conter mon rêve.

Le premier fut un provincial de marque que Paris se réjouit de posséder aujourd’hui. J’ai nommé M. le professeur Bergeret, dont la brillante carrière, commencée sous l’orme du mail et agitée par un drame domestique qui s’est déroulé autour d’un mannequin d’osier, a enfin reçu le couronnement qu’elle méritait. M. Bergeret est maintenant très à son aise, ce qui ne saurait vous surprendre puisque M. Ana-