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REVUE MENSUELLE


Alpes Maritimes s’avancent jusqu’au rivage. Il faut donc que la chose ait eu lieu à l’ouest de Nice :

4° Nous écartons la région du Var, dont l’embouchure devait être beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui, le fleuve n’étant pas endigué. Si la bataille eût été donnée là, le Var se fût trouvé personnage important dans l’affaire, et Tacite l’eût nommé.

Voilà donc le terrain de nos recherches limité par Antibes à l’ouest, par le Var à l’est… Et nous tombons à l’endroit même où apparaissent les restes d’un monument militaire !

On sait que le règne de Vitellius fut odieux et court. On sait aussi que, redoutant le sort de Galba (car les légionnaires avaient la révolte facile et la main lourde), cet empereur eut l’idée d’occuper les troupes à des travaux d’architecture, sur l’emplacement des champs de bataille. Les restes d’édifices considérables, élevés ainsi par le soldat, se voient encore à Bédriac, entre Mantoue et Crémone. Est-il très téméraire de supposer même origine aux pierres sculptées de La Brague ?

N’y a-t-il pas aussi un témoignage puissant dans l’aspect de ces casques, pourvus de cornes à la mode barbare ? Car le Romain portait le Cimier, et de telles cornes horrifiques n’ont jamais pu surmonter que des Tongres, des Pannoniens, des Trévires… Ceux-là, précisément, qui luttèrent en ce lieu.

Tous ces propos, au reste, ne sont qu’hypothèses et vraisemblances. Nous voulons bien nous être trompés, si d’autres, plus savants, prennent la peine de nous le faire voir. Ce qu’il y a de parfaitement certain, c’est qu’un monument du plus grand intérêt se trouve là, dans cette vigne ; c’est que la vue de ces douze blocs mène l’imagination vers une œuvre, d’architecture antique, comparable en grandeur aux arcs triomphaux d’Orange ou de Saint-Rémi.

Mais quelles surprises la terre nous garde-t-elle ?

Pour découvrir douze pierres, il a suffi d’écorcher le sol à cinquante centimètres : d’où l’on peut inférer que des fouilles sérieuses mettraient au jour l’édifice tout entier… Or, le Destin, gentil cette fois pour les archéologues, a voulu que le propriétaire du terrain fût M. Joséphin Causse, de Nice, esprit distingué et tout à fait capable d’apprécier le trésor historique qui lui échoit. M. Causse peut, et (nous dit-on), voudra faire au pays de Provence une offrande magnifique.

Et voilà ce que dit Léon Bordellet, et ce qu’il m’a fait voir et entendre autour d’une demi-douzaines de vieilles pierres, sous un vent à décorner des casques gaulois, tongres pannoniens ou trévires. J’ai éprouvé un réel intérêt aux récits de cet homme, convaincu et convaincant, et je souhaite que la Revue du Touring-Club inspire à quelques-uns des nôtres le désir


de contempler ces débris éloquents d’un passé belliqueux.

Quo vadis !!! Décidément, la bicyclette mène à tout… même à Rome !… la Rome de Néron !…

Dr Léon-Petit.
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Une Expérience Sportive


Notre collègue, le baron Pierre de Coubertin, secrétaire-général honoraire de l’Union des Sports Athlétiques, et président du Comité International Olympique, ayant récemment tenté, avec succès, de fournir sans entraînement préalable et sans fatigue appréciable, six heures d’exercice physique sur huit (soit entre 9 heures du matin et 5 heures du soir : une heure d’aviron, une heure de lawn-tennis, une heure d’équitation, une heure de motocycle de course, une heure de bicyclette, et quatre assauts de fleuret, épée, sabre et boxe française de quinze minutes chacun), nous avons pensé qu’il y avait intérêt à entretenir nos lecteurs de cette curieuse journée sportive dont la philosophie, si l’on peut ainsi dire, est tout à fait conforme aux idées préconisées par le Touring-Club, et professées, croyons-nous, par la grande majorité de ses membres.


Cannes, 15 mars 1901.

Le hasard a fait coïncider la visite à Cannes de notre Président avec l’exécution d’une expérience dont j’avais le programme en tête depuis quelque temps, pour les motifs que je vais exposer : ces motifs, je n’aurais point eu, sans doute, l’idée d’en faire part à mes collègues du Touring-Club, si leur Président, en me procurant à l’improviste, ce même soir, le plaisir de sa compagnie, n’avait été amené à constater de visu, comme le fit ensuite un membre de la Faculté, qu’une des conditions de mon programme était bien et dûment remplie, celle qui stipulait l’absence de fatigue. Une autre condition était l’absence d’entraînement. Il est bon d’indiquer ce que j’entends par là. Depuis le 1er avril 1900, je n’avais à mon actif que trois parties de lawn-tennis, une en août et deux en mars, deux sorties en bateau sur la Seine au mois de juin, six ou sept heures de cheval en novembre, une quinzaine de reprises de fleuret ou de sabre, et deux poules à l’épée en décembre, janvier et février ; j’avais fait trois fois de la boxe, et monté cinq fois un motocycle. Quant à ma bicyclette, la seule course un peu longue et un peu rapide que je lui avais demandé de fournir était celle de Cannes à Nice (34 kilomè­tres en 80 minutes). Je ne l’avais utilisée en dehors de cela que pour d’insignifiants trajets, après l’avoir laissée reposer pendant tout l’été. J’ajoute que je ne connaissais ni le motocycle, ni le canot, ni le cheval que je devais utiliser et que j’ignorais, la veille au soir, que l’épreuve dût avoir lieu le lendemain. Ces détails personnels, que je m’excuse d’avoir à donner, sont in-