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REVUE MENSUELLE


je serai heureux si ces quelques lignes, hâtivement écrites au bord d’un fjord peuvent porter dans l’esprit de vos lecteurs la notion exacte de ce qui se passe en Suède ; la bataille qu’ont dû y livrer les sports pour acquérir droit de cité n’a pas été moins âpre qu’en Angleterre, il y a cinquante ans, ou hier chez nous. Mais dès maintenant la victoire est assurée. Prenons confiance.

Bien cordialement à vous,
Pierre de Coubertin.

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Le « Tour de France »




L’épreuve si curieuse, si hardie, — qualifiée un instant d’impraticable — du Tour de France en voiture automobile, organisée par le Matin, sous la haute direction de nos sympathiques camarades MM. Poidatz, directeur du Matin, et P. Meyan, directeur de la France Automobile, a merveilleusement réussi.

Pas un accident et des vitesses vraiment pharamineuses.

Autant nous réprouvons les « amateurs » qui se lancent dans nos rues, sur les boulevards, au bois de Boulogne à 40 à l’heure, autant nous sommes disposés à admettre — à condition cependant qu’elles ne se renouvellent pas trop souvent — ces épreuves exceptionnelles.

C’est une fête pour les populations des communes traversées, et les précautions prises pour les passages annoncés, attendus, excluent toute cause de danger, c’est une propagande considérable en faveur de l’automobile, la meilleure, l’enseignement par les yeux, c’est une épreuve des plus sérieuses pour les appareils : châssis, moteurs, roues, bandages, qui y sont soumis et dont la fabrication peut tirer les plus utiles enseignements, c’est enfin une sélection infaillible pour les hommes qui en sortent vainqueurs et qui établit une élite entre l’élite des champions de l’automobile, une école de praticiens émérites dont les avis font autorité et guident les néophytes.

Parmi les vainqueurs nous retrouvons avec plaisir le nom du grand constructeur de cycles, de notre excellent camarade A. Clément, un des premiers champions de la bicyclette devenu l’un des premiers de l’automobile, nous le félicitons cordialement de ces nouveaux lauriers si vaillamment conquis !

Nous sommes heureux également d’adresser ici nos félicitations et nos remerciements à ceux de nos délégués qui ont bien voulu prêter leur concours à cette épreuve et en particulier à

MM
.
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À l’instant même où nous traçions ces lignes,


nous recevions la lettre ci-dessous de notre intrépide camarade M. P. Meyan. Il cite lui-même les noms que nous allions écrire ; mieux que personne il peut apprécier les services rendus en cette circonstance et remercier comme il convient nos dévoués camarades ; nous lui laissons ce plaisir.


Étretat, 30 juillet 1899

Mon cher Président

Vous ne refuserez pas l’hospitalité de la Revue à ces quelques lignes. Je tiens a remercier : vous d’abord qui avez bien voulu apostiller mes lettres à nos collègues, et ceux-ci ensuite pour le concours si intelligent, si actif, si dévoué qu’ils ont bien voulu m’accorder dans l’organisation du « Tour de France ».

On a bien voulu reconnaitre que sur ce long itinéraire de 2,300 kilomètres, tout s’était bien passé, que les précautions étaient bien prises, que drapeaux et affiches étaient bien posés en bonnes places et on m’en a félicité. Mais qu’aurais-je fait, sur la route, sans le secours de nos collègues qui m’ont si bien compris et si bien secondé ?

MM. Morel-Fatio, Vaux-Castel, Lambert, docteur Roger, Bazar, Paul Scholl et l’Automobile Club Lorrain, dont tous les membres sont des técéfistes, ont admirablement facilité les grandes vitesses qui se sont faites entre Paris et Nancy.

Le second jour, l’étape la plus longue était assurée par MM. Carmentran de Langres, Noir de Gray, docteur Briand à Dôle, Henri Prost à Lons-le-Saunier, Piavoux à Bourg. Durand-Dronchat et docteur Forestier à Aix-les-Bains. Et combien peu commodes toutes ces traversées de villes. Lons-le-Saunier entre autres, où l’on déplaça un marché pour laisser la route libre aux coureurs.

À Chambéry, MM. Cleret, Courtois et des Francs ont merveilleusement dirigé le contrôle le plus délicat du parcours, parce que situé à 14 kilomètres du départ, tous les coureurs y arrivaient en quelque sorte ensemble ; je crois même qu’on y a supprimé ce matin-là un train de marchandises pour laisser ouvert un passage à niveau très encombré.

Puis MM. Desmoulins à Grenoble, Matraire à Saint-Marcellin, Sibilat à Romans, docteur Merlin à Saint-Étienne, Me Dupin, notaire à Montbrison, docteur Combet à Vichy, ont rivalisé de zèle et d’activité.

Plus loin, M. Dard à Clermont-Ferrand, comte de Fayolles à Périgueux qui, d’Ussel à Mansle, assurait la route, Riffaud à Niort, docteur Pillaud à Sainte-Hermine, docteur Chenantais à Nantes, Joubaure à Ancenis, de Montjoye à La Flèche, docteur Bourdy au Mans, d’Hostel à Alençon, Le Boucher à Argentan, Dubuis à Falaise, Adelus à Caen, Sandrin à Cabourg, Bazin à Pont-l’Évêque, Desportes à Lisieux, Éparvier à Évreux, tous ont si bien pris leurs mesures que les concurrents ont été unanimes à dire que jamais course n’avait été mieux réussie.

Ce compliment, je le renvoie à tous nos collègues du T. C F. que je viens de nommer et à tous ceux dont le nom m’échappe ; mais je vous écris ceci de la campagne, loin des dossiers de la course, et c’est de souvenir que je cite mes collaborateurs ; que ceux que j’omets m’excusent.

Le T. C. F. est une grande famille dont les membres savent s’entr’aider et c’est, certainement, mon cher Président, le plus bel éloge que l’on puisse faire de notre Association.

Votre bien dévoué,
Paul Meyan.