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LE POÈME DE LA SIBÉRIE[1]


I

L’ARRIVÉE EN SIBÉRIE


Les exilés arrivèrent dans la terre de Sibérie, et après avoir choisi un vaste emplacement, ils bâtirent une maison de bois pour y demeurer ensemble dans un accord et un amour fraternel : et il y en avait environ mille de différentes conditions. Et le gouvernement leur fournit des femmes pour qu’ils se mariassent, car le décret disait qu’ils étaient envoyés pour peupler le pays.

Pendant quelque temps il régna parmi eux beaucoup d’ordre et beaucoup de tristesse, car ils ne pouvaient oublier qu’ils étaient exilés et qu’ils ne reverraient plus leur patrie, à moins que Dieu ne le voulût.

Et, quand ils eurent achevé de bâtir une maison, et que chacun se fut mis à son travail (excepté les gens qui voulaient être appelés sages et qui restaient dans l’inaction en disant : Voici que nous pensons à la délivrance de la patrie.) — un jour ils virent arriver une grande troupe d’oiseaux noirs qui venaient du Nord.

Et derrière les oiseaux apparut, comme une armée en marche :

  1. Julius Slowacki, l’auteur du poëme dont nous donnons ici la traduction, compte parmi les plus grands écrivains de la Pologne contemporaine. Il se place immédiatement à côté de Mickiewicz et de Krasinski. Dans l’original, le poëme s’appelle Anhelli, du nom du héros principal. Le mysticisme, qui caractérise cette œuvre, domine la littérature polonaise du dix-neuvième siècle : comme Mickiewicz dans son Livre des Pèlerins, Slowacki s’est inspiré de Lamennais. Il doit aussi beaucoup à Alfred de Vigny. Ses œuvres mériteraient d’être toutes traduites en français.