Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/95

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
91
L’HOMME AU CORPS SUBTIL

le lit étant déjà refait ou n’ayant pas été défait. L’inquiétude se lisait à son regard. Debout eu face de l’horloge, mon ami la consultait avec une anxiété qu’il ne put travestir. Quelque chose… je ne sais quoi de débraillé, voire de mal tenu, régnait sur toute sa personne.

Je lui tendais la main…

— « Non, pas aujourd’hui », s’excusa-t-il en ricanant. « Je ne vous donnerai pas la main, Sambreuil… La goutte, voyez-vous… Ah ! j’ai les doigts d’un sensible ! Vous ne vous figurez pas ce qu’on souffre !… Et puis, tenez, mon bon, tout m’énerve ce matin… Pardonnez-moi, mais ça ne vous ferait rien de revenir cet après-midi ?… Vous n’aviez pas de communication urgente ? Non ?… Eh bien, à tout à l’heure, n’est-ce pas ?… Vous n’avez pas idée… Au revoir, cher ami, et toutes mes excuses les plus plates… Au revoir… »

Une pareille réception me jeta dans un étonnement noirci de frayeur. J’avais observé que Bouvancourt s’était tenu soigneusement à l’écart, à contre-jour, en pestiféré. D’habi-