Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/76

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
72
LA CANTATRICE

la trompe dans un instrument si petit qu’on ne le voyait pas, — Borelli seul, — Borelli sculptural.

« Ah ! » pensai-je subitement. « Dieu ! que je suis sot ! Je me rends compte à présent. Il ne ressemble à aucun citoyen réel ! C’est aux Tritons qu’il ressemble, avec ses grosses joues ! aux Tritons des peintres et des sculpteurs ! aux deux Tritons décoratifs du château d’eau du palais de Longchamp, à Marseille, que j’ai regardés l’autre jour ! Elle est bien bonne ! Voilà pourquoi il me semblait impossible de le rencontrer, si ce n’est au pays des songes ! »

La fanfare exécutée, Borelli appelait quelqu’un. Mais il était toujours seul. Je l’apercevais par derrière. Il se tenait debout entre la mer et moi, sur le rocher, dans sa houppelande. Ses appels se multipliaient, se précipitaient, au point qu’il avait l’air d’invectiver les flots. Mais vraiment il appelait. Qui ?… Ténèbres. Personne.

Il se baissa, dégringola du roc. On ne le voyait plus… Ah ! si. Tout au bord, à la frange des lames.