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LA CANTATRICE

résolus de tirer la chose au clair, et, délibérément, je pris le chemin des rocs où Borelli m’avait rabroué. Toutefois, m’étant ravisé, je tournai bride ; j’escaladai la falaise qui longe cette partie du rivage et du haut de laquelle je pourrais surplomber le décor et l’action.

Mon cœur battait. J’avais une âme étrange.

La nuit nébuleuse n’était pas si favorable aux aguets que sa devancière, et la lune allait seulement paraître. La mer, la mer antique, la mer latine, berçant son éternelle insomnie, récitait dans l’ombre ses légendes païennes et le poème de sa mythologie. Un peu d’écume, çà et là, blanchissait. Des nuages s’étant espacés, la clarté du ciel me montra le jeu nautique d’un dauphin, tout là-bas, en nacres fugaces.

Mais voici monter la clameur tonitruante d’un cor… et d’un cor sonnant la fanfare de Siegfried !

Je m’arrêtai.

Au-dessous de mon poste, une statue debout sur un socle : Borelli, qui sonnait de