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LA CANTATRICE

À ma rentrée dans Monte-Carlo, je me demandai s’il n’était pas astucieux de profiter de l’absence du redoutable sigisbée pour tâcher d’avoir un entretien avec Mme Borelli. L’heure avancée me retint. Les deux fenêtres des aventuriers étaient noires ; le sommeil de l’affligée me parut un bonheur qu’il ne fallait briser qu’en échange d’un autre. Je passai.

L’aventure me passionnait à plus d’un chef : une voix me captivait, une femme excitait ma charité, un homme intriguait mon soupçon. Je laissai partir mes compagons de voyage.

Au début de l’après-midi, Borelli se fit annoncer. Je le reçus dans ma chambre. Il venait en voisin, à ce qu’il prétendait. Aucune allusion à l’incident de la nuit. Mais, après quelques phrases superflues, il me pria carrément de lui confier vingt-cinq louis.

Fort ennuyé, je tergiversai, j’aiguillai la conversation sur une autre voie et je lui adressai mes compliments au sujet de