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LA CANTATRICE

Et comme une sonnerie de trompe tarabustait les profondeurs de l’immeuble :

— « C’est lui qui joue du cor de chasse », ajouta le garçon. « Ça fait déjà trois fois qu’on y dit de s’taire. »

Nous arrivâmes devant une porte que la fanfare intérieure faisait vibrer, ahurissante, sauvage, mais non sans une certaine beauté rude.

Mon guide frappa. Le silence s’établit tout d’un coup. Je perçus un dialogue étouffé, le bruit s’éloignant d’une chose traînée sur le parquet, la fermeture d’une porte, puis l’ouverture d’une fenêtre… le cric-crac d’une clef…

Enfin Borelli.

Face à face, nous reculâmes. Pour mon compte, c’était de surprise, à la vue de ce gaillard patibulaire, étonnamment joufflu, basané, frisé, sorte d’hercule dangereux, à peine vêtu d’un pantalon et d’une vareuse flottante, et qui… En vérité, je ne sais comment exprimer… J’éprouvais la sensation brumeuse de l’avoir déjà rencontré, cet homme, et récemment, parbleu ! mais dans