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LA CANTATRICE

j’employai de mon mieux à visiter la ville. Je passe donc, je parviens en Monaco et j’arrive à la représentation.

Elle commença dans la splendeur et se poursuivit sans défaillance. Le programme était une liste de célébrités. Les premiers chanteurs du monde réalisaient le drame wagnérien. Caruso jouait Siegfried ; et nous étions dans le ravissement où son timbre et sa puissance venaient de nous plonger, — lorsque l’oiseau chanta.

Vous vous rappelez qu’il y a dans Siegfried un oiseau qui chante, c’est-à-dire une femme, dans la coulisse, qui prête à l’oiseau le prestige des mots et de la mélodie.

Donc, une femme invisible se mit à chanter soudainement. Et alors il nous sembla que tous les autres n’avaient fait que miauler, rugir ou braire depuis le lever du rideau, et les sonorités de l’orchestre impeccable devinrent tout à coup criardes et fâcheuses, — tant cette voix était une féerie. Sa pureté n’avait d’égale que sa force. Elle réunissait toutes les vertus que les sons peuvent acquérir, et cela d’une manière si incomparable,