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LA GLOIRE DU COMACCHIO

foule. Cela produisit un désordre à la faveur de quoi des inconnus masqués s’échappèrent du palais dans une escorte de bravi et de gens d’armes. Dès leur éclipse, la tranquillité se rétablit.

— « On vous trompait ! » reprit d’un autre côté le harangueur opiniâtre. « Venez voir la statue de Cesare Bordone, le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre ! »

Des voix éparses le soutenaient :

— « C’est vrai ! — Il a raison ! — Vive Cesare Bordone ! »

C’étaient les élèves et les amis de Cesare.

Felipe Vestri avait été refoulé sous le porche de la maison voisine. Il aperçut dans l’ombre une tache blanche… un visage livide… Il s’approcha…

— « Tenez ! » cria-t-il. Et traînant un homme vers l’assemblée : « Le voilà ! Vive Cesare Bordone de Comacchio ! Vive le Comacchio ! »

Le peuple était venu pour acclamer, — c’est-à-dire pour s’acclamer lui-même en la personne d’un citoyen d’élite. Après la déception que Baccio venait de lui infliger, un