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LA GLOIRE DU COMACCHIO

— « Laissez-moi passer ! » implorait-il.

— « La statue ! »

— « Il n’y a plus de statue ! Il n’y a pas de statue !… C’est Monna Chiarina que je cherche… On la martyrise !… » Il appela de toutes ses forces : « Chiarina !… »

Devant ses larmes, la terreur et la pitié ouvrirent un passage. Il prit sa course à travers les rues, et ses cris enroués s’enfoncèrent dans l’ailleurs.

Quelqu’un le remplaçait sur les marches de l’entrée, silhouette jeune et virile, les mains en porte-voix :

— « Citoyens de Ferrare, on se moque de vous ! L’Andromède de Baccio della Tacca n’existait pas ! La merveille du monde, je le jure à la face de Dieu, c’est la statue de mon maître, l’Andromède de Cesare Bordone !… »

C’était Felipe Vestri qui saisissait l’occasion par les cheveux.

Un son nasillard, aigu, lui coupa la parole. On sonnait du cor à l’intérieur du palais. Signal convenu. Des sbires mêlés aux citadins tirèrent dague et flamberge. Le guet surgit, et les arquebusiers entreprirent d’écarter la