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LA GLOIRE DU COMACCHIO

Baccio chancela. Une lueur naissait enfin… Des rapports s’établissaient… Andromède, portrait, effigie de Chiarina… et… la disparition de cette même Chiarina… et… et… les envoûteurs, mon Dieu !… Il concevait, encore que sans précision, l’odieuse pratique renversée, l’envoûtement à rebours ! Ah !… Et c’est alors qu’il fut semblable à son propre fantôme et que ses hurlements éclatèrent si lugubres.

— « Où es-tu, Chiarina ? mon cœur ! ma bien-aimée ! Réponds-moi ! Chiarina ! Chiarina ! Courage ! Me voici, j’arrive !… »

Personne n’osa le retenir dans sa fuite.

Il ouvrit la grand’porte. Et Ferrare était là tout entière, et les têtes sans nombre boulaient, et des torches rougeoyaient sur l’océan des hommes.

Une ovation satisfaite l’accueillit :

— « Aaaah !… La statue ! La statue ! L’Andromède ! »

Mais déjà les plus rapprochés se taisaient à la vue de ce Baccio qui n’était plus Baccio.

Ses yeux fous sondaient l’espace vivant, la nuit maudite.