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LA GLOIRE DU COMACCHIO

Ils remontèrent.


Cesare, pensif, gagna l’embrasure de la fenêtre et s’y adossa. Le jour n’était plus. Les meubles de la chambre se distinguaient à peine. La rue serpentait déserte et louche.

— « Nous traitons ? » dit le Juif.

Un homme sortait du vague, au bout de la rue, se dirigeant vers la place. Cesare le regardait venir. Il passa, couvert jusqu’aux yeux d’une cape élégamment drapée ; la médaille d’or à la mode brillait au devant de sa barrette.

« Un invité de Baccio », songea le sculpteur.

— « Alors ? » insista Tubal.

Cesare laissa couler négligemment :

— « Je veux la gloire. »

Le Juif toussa pour déguiser une exclamation d’impatience.

— « Je ne vous comprends pas ! Je ne vous comprends pas avec votre fringale de gloire ! Enfin, la gloire, qu’est-ce que c’est ? Un empaillage ! Qu’est-ce que Praxitèle, Phidias, Lysippe ? Des momies ! Et rien d’autre !… »

Plusieurs passants firent un gai tapage.