Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/252

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
248
LA GLOIRE DU COMACCHIO

dité, le silence épais. Il déboucha devant une obscurité opaque. Tubal leva sa lanterne ; une voûte luisante la réverbéra. C’était un lieu si retiré, si loin de toute oreille humaine, que Cesare ne put retenir un mouvement de défense.

Tubal goguenardait :

— « Cette maison-là est pratique comme pas une ! Elle a servi naguère aux caprices de Madonna Lucrezia Borgia. Ceci explique cela. »

La lanterne s’abaissa. Confusément, sur une table, une forme couchée apparut. Cesare, ayant saisi la lumière, éclaira cette façon de cadavre, et reconnut le podestat Borso Strozzi, trépassé de la veille. Lui-même ? Non. Mais une poupée de cire jaune à son effigie, costumée de ses ajustements, et qui avait un poignard planté à l’endroit du cœur.

Il se retourna vers Tubal. Des lueurs bleues dansaient aux murailles suintantes. Le Juif venait d’enflammer un réchaud sous une autre figure de cire, entièrement nue, jolie et féminine.