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LA GLOIRE DU COMACCHIO

— « Il ne serait plus temps, si Baccio doit triompher demain avec la sienne ! » murmura Césare ébranlé. Dans son trouble, il pressentait quelque toute-puissance ténébreuse dont peut-être on pouvait jouer. « Ma renommée dépend de cette aventure. Je veux la gloire », dit-il faiblement.

— « Je ne puis vous donner que la richesse… Allons donc ! ne faites pas l’enfant ! » Le Juif se rapprocha : « Messer Bordone, Lodovico Ariosto, que vous jalousiez tout à l’heure, s’est fait peindre par Dosso Dossi dans le Paradis de Bonifazzio Veronese qui décore le réfectoire de San Benedetto. Savez-vous pourquoi, Messer ? C’est afin, disait-il, de se trouver toujours dans ce paradis-là, n’étant pas sûr d’être dans l’autre. — Que diable, imitez-le ! Prenez d’abord la fortune ! Prenez-la surtout plutôt que la mort ou la prison. Vous verrez ensuite à courtiser la gloire. Elle est fille, vous l’avez dit. On l’achète. »

— « On l’achète toujours : au prix des larmes, au prix du sang. L’or ne compte pas ici. — Mais j’entrevois que l’affaire est d’importance, car tu l’as menée de loin,