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M. D’OUTREMORT

quelque cire figurative de la Rancune ; que dis-je ! ne semblait-il pas cette cire elle-même ? — Il attribuait son récent malheur à l’insatiable scélératesse des campagnards ; et j’estime qu’il avait raison. Feu le jeune comte Cyril, sportsman aventureux, pratiquait l’automobile à grande vitesse. Nombre de poules et de barbets roués, plusieurs vilains frôlés de trop près, il n’en avait pas fallu davantage pour mal famer le véhicule cramoisi, qualifié double-phaéton par nos carrossiers, sur lequel il brûlait le macadam de la République. Une nuit qu’il rentrait au château, un fil de fer, tendu à la traverse, l’avait abordé sous le menton. Le fil s’était rompu, grâce à je ne sais quelle Providence capricieuse qui ne s’obstina point au delà de cette rupture à la protection du blessé. En effet, à la suite de l’ecchymose, des complications survinrent. Favorisées par l’humeur appauvrie de cette gent, qu’un inter-mariage venait encore de gâter, elles avaient anéanti l’espoir du blason. Tant de quartiers échéaient à ce pauvre terme, à ce piètre oméga. Savinien restait seul ; et, par une coïncidence frappante,