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LA GLOIRE DU COMACCHIO

— « Laissez-moi vous embrasser, s’il vous plaît », fit-il d’une voix mal assurée.

Et comme Cesare tout remué se penchait vers lui et l’étreignait, l’enfant chuchota :

— « Peut-être, quand vous serez riche et renommé, peut-être que Monna Chiarina reviendra… »

Cesare Bordone se redressa comme on s’éveille en sursaut. Deux soufflets claquèrent sur les joues d’Arrivabene.

— « J’ai défendu… J’ai défendu qu’on m’en parle ! Je veux qu’on m’obéisse, chez moi, entends-tu ? Vipère ! Mauvais gamin ! Judas ! Ordure ! »

Mais le petit avait refoulé ses larmes, et il contemplait la statue avec tant d’amour, que Cesare Bordone lui pardonna dans son cœur.

— « Allons ! » dit-il joyeusement. « Sauvez-vous, mes gaillards. On n’a pas perdu sa dernière journée. Soyez discrets, surtout ! Rappelez-vous que jusqu’à la suprême minute il est interdit de révéler quoi que ce soit, sous peine de disqualification ! À demain, mes braves, ici, à la cinquième heure, pour