Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/211

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
207
LA GLOIRE DU COMACCHIO

— « Pourquoi tant de comparaisons, imbécile ! C’est beau, cela suffit ! C’est beau, voilà tout. »

Felipe corrigea :

— » Non, non, maître, ce n’est pas tout, du moins dans les circonstances actuelles. Et réjouissez-vous d’avoir fait une Andromède qui surpassé le bronze de Benvenuto Cellini. Depuis trop longtemps le duc Alfonso envie aux Médicis la possession du Persée. N’en doutez pas : si pour thème du concours il a choisi Andromède, — Andromède, l’épouse et, pour ainsi dire, le pendant de Persée, — oh ! oh ! ceci fleure la taquinerie de voisinage ! Malheur donc au statuaire qui aurait surmonté ses rivaux sans égaler le Florentin !… Mais soyez tranquille. On dit qu’à l’inauguration du Persée, vingt sonnets furent épinglés aux tentures. Demain soir, vous en lirez le double sur le piédestal que voici ! »

— « Maître, c’est bon de vous voir rire… Je croyais que vous ne saviez pas », dit Goro.

Le petit Arrivabene s’approcha, les bras levés, rouge et pâle dans un seul instant.