Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/192

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
188
LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

Je confectionnai rapidement une croix de branchettes et je la plantai dans la terre d’une certaine façon. Fleury me pressait de partir.

À quelque vingt mètres de là, nous retrouvâmes le sentier. Nouvelle croix. Nouvelle impatience de Fleury-Moor.

Plus avant, des tailleurs de pierre, qui regagnaient Nauroy-les-Cormonville, répondirent à mes questions. Ils n’avaient rien vu, que le brouillard ; ni rien entendu, que le coup de fusil.

— « La bizarrerie était localisée dans un espace très restreint », fis-je quand ils nous eurent quittés. « Cela est fort heureux. Autrement, que de villages eussent été submergés !… »

Je voulais rire. Vaine dépense. Fleury-Moor descendait la colline à toutes jambes, faisant des crochets inexplicables et des haltes subites, inquiet des chauves-souris traçant leurs éclairs noirs, ému par le brouillard vert d’un champ d’asperges qu’on aurait pu traverser pour couper au court. Le feuillage vaporeux d’un saule l’effraya comme un épaississement