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M. D’OUTREMORT

utilisations pratiques de sa théorie, que l’on imagine aisément et fort nombreuses, tout profane que l’on est ?

M. d’Outremort a toujours été fantasque. Extrême descendant d’une lignée qui sort de la nuit médiévale, dix siècles de noblesse pèsent sur lui du poids de leur écrasante hérédité. Dix siècles de noblesse, c’est-à-dire, avouons-le, mille ans de vie affinée et raffinée ; mille ans de tracas, de préoccupations, d’ardeur ambitieuse ; un millénaire de superbe, de passions et de débauches. Chaque génération d’Outremort fut un pas de leur race vers ce que d’aucuns nomment perfection de l’être, et la plupart dégénérescence. Car vous ne sauriez parcourir la suite de leurs unions et noter, parmi elles toutes, une seule de ces bonnes mésalliances roturières qui, de loin en loin, renouvellent si à propos le sang trop vieux d’une maison. Point non plus de bâtards issus de maîtresses rustiques ou d’amants plébéiens. Rien que des nobles sortis de nobles. C’est une grande calamité pour un lignage. Les la Commandière se sont bien gardés d’un tel écueil, où les Outremort ont failli. —