Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/183

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
179
LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

hurlements démoniaques, ainsi qu’un boyau menant aux Enfers. Sa nuit fut constellée de charbons ardents. Et nous vîmes enfin quelque chose remuer au cœur de l’obscurité, blanchir pas à pas et s’avancer vers la lumière sous les yeux incandescents.

« Un homme ! » pensai-je.

— « Un singe », murmura Fleury-Moor.

C’était l’un et l’autre, et ce n’était ni l’un ni l’autre : un bipède dressé, d’une maigreur affreuse, avec un pauvre petit crâne tout rond, le nez camus, la mâchoire proéminente, des oreilles en feuille de choux et du poil sur toute la figure. À n’en pas douter, le pithécanthrope, l’ancêtre de l’homme était devant nous ! Le pithécanthrope tel qu’Eugène Dubois l’avait restitué d’après les ossements de Java ! Le pithecanthropus erectus du pliocène, ici, dans le miocène, en Europe, en Champagne ! vivant ! et qui, par une étrangeté abominable, était l’allié du peuple des vampires ! et qui partageait leur habitat !…

« Bah ! » me dis-je pour me satisfaire, « il les utilise comme esclaves, ou chiens de chasse, ou chiens de pêche, plutôt ! »