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LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

Moor, un pied dans l’eau et l’autre levé. « L’essentiel est de ne pas faire trop de mouvements, qui décèleraient notre existence. D’ailleurs, il est dangereux en soi de se déplacer quand on est dans un mirage, c’est-à-dire dans une fausse contrée qui masque les embûches de la contrée véritable. Ne l’oubliez pas, Chanteraine, et quoi qu’il arrive, gardez-vous de prendre la fuite. L’endroit que nous voyons n’est que superposé à l’endroit où nous sommes. Vous pourriez rencontrer, dans le vide apparent de cette clairière antédiluvienne, quelque solide tronc d’arbre bien présent… C’est, je crois, le seul péril qui nous menace. Car… Mais oui ! » s’écria-t-il en se frappant le front. « Si total que soit le mirage, ce n’est jamais qu’un leurre ! Échos, reflets, chimères ! Le toucher lui-même, illusion ! Par conséquent, mon cher, — Dieu, que nous étions naïfs ! — par conséquent, l’image d’éléphants trépassés depuis quelque cent millénaires ne saurait nous causer le moindre tort ! Elle est cantonnée dans son époque autant que nous le sommes dans la nôtre ! »

Sa confiance me gagnait :