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LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

de sa course, traçait un mince croissant spectral. Malgré l’heure diurne et irradiée, une grosse étoile ronde timbrait le zénith. Nous l’aperçûmes tous deux en même temps… Ah ! nous n’avions pas besoin d’échanger nos impressions ! Un attendrissement d’une grandeur et d’une qualité inexprimables nous remuait le cœur, et je crus que nous allions pleurer devant l’étoile, ce deuxième satellite de notre planète, aboli sans retour, — l’ancienne petite lune de la Terre bien-aimée !

Nous ne pouvions détacher nos regards du zénith…

Quand nous les abaissâmes, le prodige était achevé. Le dernier panache de brouillard fondait là-bas comme une haleine. La mer, crespelée de vaguelettes, s’épandait au levant, et la colline arquée sortait de l’onde ainsi que nous l’avions vue sortir de la brume dans un aperçu préalable. Elle figurait une crique flanquée de deux presqu’îles latérales. Nous étions sur l’un de ces promontoires ; l’autre s’allongeait en face de nous. C’était une langue de terre rougeâtre égayée de quelques lentisques et de séquoias, lesquels se resser-