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LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

Je consultai ma petite boussole-breloque.

— « Voyez donc le soleil, Fleury, comme il est drôlement placé… »

Mon compagnon ne put s’empêcher de sourire.

— « Vous oubliez », dit-il, « que, depuis sa naissance, la Terre n’a cessé de se relever sur l’écliptique… »

— « C’est vrai ! »

Fleury-Moor tira sa montre et continua :

— « Réellement, il est 4 h. 20. Notons-le. Mais artificiellement, c’est-à-dire d’après le soleil du mirage, il est environ 10 heures du matin. Et… c’est le printemps. »

Je confessai que tant d’anomalie me retirait la plupart de mes moyens, et je complimentai le géologue sur sa vaillance. Il me dit n’éprouver que le désagrément de n’avoir emporté ni calepin, ni crayon, ni sa bonne photo-jumelle.

Nous causions, mais sans nous distraire de l’immense éclosion magique où se reproduisait l’enfance de la Terre. La zone libre de buées grandissait alentour. Les premières apparitions étaient désormais concises, maté-