Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/158

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
154
LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

savoir, en l’écoutant, que je ne l’oublierais jamais plus. Fleury-Moor avait la figure à l’envers. Nous étions tremblants. Et c’est en vain que nous réentendîmes, au fond du brouillard, l’appel de trompette qui nous avait troublés auparavant. Nous ne pouvions blêmir davantage. L’horreur du cri domptait toutes les autres.

Pourtant, l’appel de trompette déjà familier se répéta plusieurs fois de suite, à des points différents de la vastitude ; et Fleury-Moor, prêtant l’oreille, m’interrogeait du regard.

— « Proboscidien, n’est-ce pas ? » dit-il.

— « Assurément. Elephas meridionalis ou primigenius. »

— « Diantre !… Est-ce que le mirage intéresserait aussi le toucher ?… »

Il s’accroupit et manipula quelques brins d’alfa.

— « Hum ! » grogna-t-il.

— « Quoi ? »

— « Palpez vous-même. »

Le résultat de mon expérience fut que je glissai dans mon fusil deux cartouches à balle.