Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/152

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
148
LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

par le haut. Derrière elle, d’autres fûts réalisaient leur sveltesse. Cependant, je ne prétends pas que le brouillard se désagrégeât le moins du monde. Non, en vérité. Que l’on me comprenne. Les choses ne surgissaient pas autour de nous comme lentement débarrassées de la nue ; mais elles semblaient se crayonner en grisaille, puis se sculpter à même la substance volage. Elles semblaient constituées par le brouillard. Bien mieux : il n’était pas jusqu’au frisselis fluvial qui ne semblât une qualité sonore de la brume ; et la tiédeur qui venait nous parut s’en dégager, avec une odeur de résine.

— « Ah ! Chanteraine ! L’arbre ! Là ! »

— « Miséricorde ! »

Le chapiteau de la colonne sortait de l’inconnu. C’était un bouquet de feuilles. Un palmier s’élançait à nos regards ! Nous le discernions dans le faux jour et le miroitement qui le déformait sans trêve et le faisait onduler comme un reptile. Plus loin, toute une palmeraie s’affirmait, moirée des mêmes ondes.

Ainsi dansent les reflets d’une berge. Tout