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LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

— « Qu’est-ce que vous dites ? »

— « Je dis : voilà le vent qui s’élève. Ne l’entendez-vous pas dans les sapins ? »

— « Et vous, ne voyez-vous pas que le brouillard est immobile, et que par conséquent il ne fait pas de vent ? qu’il ne peut pas en faire ? »

— « Écoutez seulement… Il faut qu’il en fasse !… Écoutez ! »

— « Mais ce bruit… ce bruit de vent… c’est à droite ! »

— « Alors ? »

— « Alors ? Il n’y a pas de sapins à droite. »

— « Il n’y a pas… Mais puisqu’on entend le bruit du vent dans les sapins… »

— « Ce n’est pas le bruit du vent. »

— « Que serait-ce ? Que serait-ce ?… »

— « Ne vous énervez pas. Nous allons le savoir. Ce maudit brouillard se dissipe. »

La luminosité augmentait avec une espèce de fluctuation fatigante. En même temps, la froidure cédait. Le cercle apparent s’élargit. De vagues choses s’y montrèrent : des cailloux des touffes d’herbes. Le géologue, les ayant considérées, fit une exclamation :