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LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

— « Non, il ne l’est pas. Si nous étions dedans, vous seriez de mon avis. Mais nous l’apercevons de haut, sous une forte épaisseur… »

Un lapin déboula. Je le tuai. La détonation claqua sans se répercuter.

Nous arrivions au sommet : une savane jonchée d’éclats de pierre et parsemée de genévriers. Cet endroit me parut si désolé que j’éprouvai quelque honte à le parcourir sans être en deuil ou désespéré. La solitude, le silence et l’immobilité s’aggravaient l’un l’autre. Les contours s’estompaient déjà par l’effet du brouillard naissant. Le site, imprécisé de mystère et de mélancolie, ressemblait au souvenir d’un paysage. Il me plut de croire que nous hantions un pastel en train de s’effacer.

Fleury allait toujours. Nos brodequins foulaient une herbe coupante. Nous traversions le dos d’âne,

— « Diable ! c’est cocasse tout de même ! » s’écria mon guide.

De là, on aurait dit que la Champagne n’était plus qu’un formidable steppe couvert