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LE BROUILLARD DU 26 OCTOBRE

— « Ne craignez-vous pas d’être surpris par le brouillard ? » demandai-je.

Nous allions entre des murs de sable fauve stratifié de terre farineuse. Mon collègue avait pris une poignée de cette terre et me la présentait en l’émiettant. Je n’y pus voir qu’une infinité de parcelles calcaires, de minuscules débris de coquilles telles qu’ammonites et cornets, dont quelques-unes avaient subsisté dans leur tout, grâce à leur taille microscopique.

— « Hein ! qu’est-ce que je vous disais, ce matin ! »

Ce qu’il m’avait dit le matin, je m’en souvenais à merveille ; et je revis l’instant où la 35 HP qui nous portait avait débuché de la forêt d’Ardenne. Ce fut soudain comme si le jour venait de se lever une seconde fois. La plaine champenoise s’étendait devant nous à perte de vue, blanche, crayeuse, largement ondulée de plis harmonieux qui nous semblaient en mouvement, et presque marine à force d’être immense et de paraître ondoyer. Les villages, disséminés de loin en loin, faisaient penser à des îles rocheuses. Les