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L’HOMME AU CORPS SUBTIL

dérable… Je l’ai prêté parce qu’on ne peut rien refuser, dans certaines crises, à certains suppliants. La surexcitation de ce paisible et sage Bouvaucourt faisait peur, il ne se lassait pas de nous redire les transes qu’il avait subies pendant son dialogue avec le beau scélérat dont la parole était suave, les alternatives de justice et de pitié qui l’animaient, sa torture entre ses devoirs et ses émotions, son dégoût de l’indispensable comédie tragique, et comment il appréhendait à chaque minute que ce demi-savant, frotté de physique, ne tombât sur la vérité.

— « Il raisonnait d’une manière si naïve ! » remarquait Bouvancourt. « Et si dangereuse ! À tort et à travers ! Cinquante fois j’ai pensé tout perdu ! Par bonheur, il était fasciné par la cause finale, hypnotisé par le but. Quelle faute !… Passer la main dans un coffre-fort, à travers la porte, et le vider ! Mais voyons, est-ce qu’il aurait pu saisir l’or et l’argent ! Et s’il avait empoigné ces piles de louis et d’écus, est-ce qu’ils auraient traversé le paroi du coffre, eux qui n’étaient pas plus subtilisés que cette paroi ?… Jamais ! Ja-