Page:Renard - Outremort et autres histoires singulières, Louis-Michaud, 1913.djvu/126

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
122
L’HOMME AU CORPS SUBTIL

autres défenses, non leur enveloppement qui asphyxie. J’ai vaincu l’eau qui mouille, non l’eau qui noie, et non le feu qui brûle ! — C’est une mort épouvantable ! »

— « C’est une exécution ! » rectifiai-je. « Dieu merci ! Bouvancourt merci ! d’avoir désorganisé la bande à Morand ! »

— « Mon invention n’aura servi qu’à cela. Voyez-vous, en dernière analyse, elle ferait plus de mal que de bien. Mauvaise, qu’elle disparaisse ! Je brûlerai ce soir mes calculs et mes notes, et je détruirai la spirale. Rien ne doit subsister… Morand ne parlera plus… Et vous, mes chers amis, je vous demande sur l’honneur de ne pas conter cette histoire avant dix années révolues. »

Nous dûmes en passer par là. Je promis à contre-cœur les dix ans de réserve, sans comprendre pourquoi l’invention serait alors impossible à retrouver. S’il arrive que mon lecteur soit un Berthelot, ma lectrice une Curie, peut-être apercevront-ils ce que je n’ai pas discerné. Mais peut-être aussi me tiendront-ils rigueur d’avoir fait un serment qui gruge la science d’une richesse consi-