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L’HOMME AU CORPS SUBTIL

Seulement, je l’ai subtilisé dans les deux sens du terme.

» Voyez-vous, Sambreuil, moi, mardi, je m’étais bien gardé de me traiter in extenso. Pendant mon irradiation, j’étais chaussé de bottines badigeonnées d’antilux. Alors, mes pieds sont restés ce qu’ils furent depuis ma naissance, c’est-à-dire impuissants à traverser les autres solides comme à se laisser traverser par eux !… Songez donc qu’une fois gorgé de lumière Y, il ne m’était plus permis de m’appuyer contre un arbre : je l’eusse traversé ! Si j’avais tenté de mettre mon pardessus et mon chapeau, tous deux auraient dégringolé à travers mon anatomie exactement comme au travers d’un corps de fumée ! Croyez-vous, même, que j’aurais pu les saisir avec mes doigts ? Eh non ! Mes mains subtilisées étaient incapables de prendre quoi que ce fût, d’agir sur quoi que ce fut ! Et voilà pourquoi j’avais prié ma bonne de m’ouvrir la porte et d’attendre mon retour, quand je suis sorti. Tourner un bouton, tirer une sonnette : pas moyen ! Je n’étais bon qu’à marcher ou donner des coups de pied… Enfin, je