Page:Renan - De la part des peuples sémitiques dans l’histoire de la civilisation.djvu/28

Cette page a été validée par deux contributeurs.

lam est le dédain de la science, la suppression de la société civile ; c’est l’épouvantable simplicité de l’esprit sémitique, rétrécissant le cerveau humain, le fermant à toute idée délicate, à tout sentiment fin, à toute recherche rationnelle, pour le mettre en face d’une éternelle tautologie : Dieu est Dieu.

L’avenir, Messieurs, est donc à l’Europe et à l’Europe seule. L’Europe conquerra le monde et y répandra sa religion, qui est le droit, la liberté, le respect des hommes, cette croyance qu’il y a quelque chose de divin au sein de l’humanité. Dans tous les ordres, le progrès pour les peuples indo-européens consistera à s’éloigner de plus en plus de l’esprit sémitique. Notre religion deviendra de moins en moins juive ; de plus en plus elle repoussera toute organisation politique appliquée aux choses de l’âme. Elle deviendra la religion du cœur, l’intime poésie de chacun. En morale, nous poursuivrons des délicatesses inconnues aux âpres natures de la Vieille Alliance ; nous deviendrons de plus en plus chrétiens. En politique, nous concilierons deux choses que les peuples sémitiques ont toujours ignorées : la liberté et la forte organisation de l’État. À la poésie nous demanderons une forme pour cet instinct de l’infini qui fait notre charme et notre tourment, notre noblesse en tout cas. À la philosophie, au lieu de l’absolu scolastique, nous demanderons des échappées sur le système général de l’univers. En tout, nous poursuivrons la nuance, la finesse au lieu du dogmatisme, le relatif au lieu de l’absolu. Voilà, suivant moi, l’avenir, si l’avenir est au progrès.