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tisme, le créateur convaincu des dogmes de l’Infaillibilité et de l’Immaculée Conception ; mais bien que son caractère, naturellement doux et indulgent, fût devenu violent, irascible et intolérant, depuis surtout ce jour où, résistant aux avances de celui qui l’avait dépossédé du pouvoir temporel, il s’était enfermé dans le Vatican, en s’écriant : « Il n’y a pour le Pontife romain d’autre destinée à Rome que d’être souverain ou captif ; » bien que son cœur battît moins paternellement pour la France dont il avait dit, dans un mouvement d’humeur, après 1870 : « Le coq (Gallo) a été plumé ; il ne peut plus chanter aussi haut qu’auparavant ; » malgré toutes ces choses, il n’en accueillait pas moins avec bienveillance les croyants, les faibles, et en particulier les Français qui, en venant à lui, protestaient, c’étaient là ses propres paroles, contre l’ingratitude de la fille aînée de l’Église.

C’est pour cela que Pie IX, après avoir jeté un coup d’œil sur l’une des fiches éparses sur sa table et où étaient consignés les noms et qualités de ceux qu’il allait recevoir, avait invité de la tête et du regard Mlle de Tiessant et son ami à s’approcher de lui. Il savait qui ils étaient.

Ils s’avancèrent tous deux, mais la jeune femme était si pâle, si tremblante, si visiblement prête à défaillir que le Pape, se soulevant à demi, lui dit avec douceur, en lui indiquant un siège :

— Asseyez-vous, ma fille, et calmez-vous. Comment avez-vous osé vous mettre en route par ce temps affreux ?