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dit dans le jardin et se dirigea du côté de la rivière.

Au même instant, Mlle de Tiessant se jetait au bas de son lit, s’enveloppait dans un peignoir, se traînait jusqu’à sa fenêtre, l’ouvrait doucement et s’y accoudait, anxieuse.

Mme Bertin, qui était montée au premier pour surveiller le coucher de Blanche, devait ensuite rentrer chez elle.

Arrivé à la grille du bord de l’eau et au moment où il allait l’ouvrir, Gilbert entendit les voix joyeuses de canotiers qui chantaient en laissant dériver leurs embarcations. Cette gaieté lui serra le cœur, il fit un pas en arrière, et, renonçant à sa promenade au dehors, il se réfugia dans le kiosque, où il s’appuya sur la grande baie, sa tête alourdie entre les mains.

La nuit était superbe, tiède et parfumée ; le ciel scintillait d’étoiles ; les rayons obliques de la lune qui montait à l’horizon couchaient sur les eaux comme de grandes ombres, les arbres des rives. Tout dans la nature était amour, rêve et poésie !

Le silence n’était troublé que par les échos lointains qui répétaient confusément les chansons des promeneurs attardés, le jappement des chiens dans les fermes et le clapotis monotone du fleuve le long des berges.

L’amant d’Éva demeurait là, immobile, heureux de ce calme, aspirant avec délices la brise fraîche et légère qui ridait à peine la rivière, s’efforçant en quelque sorte de ne plus songer à rien, pour cesser de souffrir pendant quelques instants, lorsqu’il s’a-