Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/347

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

rien te cacher ! Mon aveu même sera ma honte et mon châtiment, si tu es assez généreux pour ne pas me maudire. Tiens, vois cela !

Et, lui montrant le flacon de cristal qu’elle serrait convulsivement dans une de ses mains, elle poursuivit :

— Il y a là de la morphine en assez grande quantité pour nous tuer tous les deux. Eh bien ! depuis un mois, je ne songe qu’à t’empoisonner et à mourir avec toi ! Crois-tu si je t’aime ! Ah ! Pardonne-moi, pardonne-moi !

— Que je te pardonne ! Que je te pardonne d’avoir eu la pensée qui n’a cessé de m’obséder que le jour où l’espoir de ta guérison m’a été rendu ! Mais mon Éva, si tu étais morte, je t’aurais aussitôt suivie dans la tombe ! Vivre sans toi !

— Vrai ! bien vrai !… Alors je t’attendrai !

D’un mouvement rapide, elle lança a travers la chambre le flacon qui se brisa sur le parquet.

Il l’avait enlacée de nouveau, buvait les larmes de reconnaissance qui sillonnaient ses joues amaigries, pendant qu’elle murmurait, calmée, heureuse, extasiée :

— Ah ! que je t’aime !

Lorsque Bernel rentra à Nogent, après le dîner, plus tard que d’ordinaire, Mlle de Tiessant venait de s’endormir. Ronçay put donc lui raconter immédiatement son entretien avec elle, ainsi que son acte de folie pendant l’orage ; mais quand il eut terminé ce navrant récit, il paraissait à ce point désespéré que