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Colombine.

Le tout mûrement considéré, je conclus qu’un comédien italien est préférable, par toutes sortes de raisons, à un comédien françois.


Le Comédien François.

Je déclame pour maître Titus de la Discorde, comédien d’heureuse mémoire, chevalier, seigneur du Cid, baron de Bérénice, Phèdre, etc.

(L’acteur débite cette tirade ad libitum.)

Le Parterre.

Voilà de belles qualités ; mais par malheur elles ne paraissent qu’aux chandelles, et s’en vont en fumée sitôt qu’elles sont éteintes.


Le Comédien François.

Qu’est-ce qu’un comédien italien ? Un oiseau de passage, un étourneau qui vient s’engraisser en France ; un vagabond sans feu ni lieu, et sans parents.


Colombine.

Sans parents ? Rayez cela de vos papiers. Il n’y a point de comédien italien qui n’ait fait des alliances dans tous les quartiers de Paris.


Le Comédien François.

Ces alliances-là ne lui donnent pas le droit de bourgeoisie : il faut avoir, comme les François, pignon sur rue, un hôtel magnifique, bâti de leurs deniers, ou de ceux qu’ils ont empruntés. Peut-on faire quelque parallèle entre le mérite d’un comédien françois et celui d’un comédien italien ? Le premier est le maî-