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apprend par cœur : au lieu qu’un italien tire tout de son propre fonds, n’emprunte l’esprit de personne pour parler ; semblable à ces rossignols éloquents, qui varient leurs ramages suivant leurs différents caprices.


Le Comédien François.

Vous les rossignols ! Ma foi, vous n’êtes tout au plus que des merles, que le Parterre prend soin de siffler tous les jours.


Le Parterre.

Cela n’est pas vrai. Les Italiens me donnent le mardi et le vendredi pour me reposer ; mais chez les François, je n’ai pas un jour pour reprendre mon haleine.


Colombine.

Si l’on regarde I’intérêt, qui est le seul point de vue dans les mariages d’aujourd’hui, un comédien italien l’emportera toujours sur un françois. Il fait moins de dépense en habits, sa part est plus grosse, et il ne faut quelquefois qu’une médiocre comédie pour faire rouler toute l’année un comédien italien


Le Comédien François.

Je le crois bien : il est aisé de rouler quand on n’a qu’une moitié de carrosse à entretenir.


Colombine.

Nos équipages seroient aussi superbes que les vôtres, si nous voulions faire des exactions sur le public, et mettre, comme vous, nos premières représentations au double.