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en icelles ; en un mot, c’est un juge incorruptible, qui, bien loin de prendre de l’argent pour juger, commence par en donner à la porte de l’audience.


Le Parterre.

Hélas ! Je n’ai pas seulement mes buvettes franches ; demandez-le plutôt à la limonadière.


Colombine.

Néron, empereur et comédien italien, fait assez voir la prééminence dont il est question. Tout le monde sait qu’il courut la Grèce dans une de nos troupes, et l’histoire ne fait point mention qu’il ait jamais monté sur le théâtre du faubourg Saint-Germain.


Le Comédien François.

Néron ? Voilà encore un plaisant farceur ! Nous ne l’aurions jamais reçu dans notre troupe. Il étoit trop cruel, et on n’est pas accoutumé à trouver de la cruauté sur nos théâtres.


Le Parterre.

Si ce n’est à l’Opéra.


Colombine.

En effet, pour donner à l’univers un comédien italien, il faut que la nature fasse des efforts extraordinaires. Un bon Arlequin est naturae laborantis opus ; elle fait sur lui un épanchement de tous ses trésors ; à peine a-t-elle assez d’esprit pour animer son ouvrage. Mais pour des comédiens françois, la nature les fait en dormant ; elle les forme de la même pâte dont elle fait les perroquets, qui ne disent que ce qu’on leur