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regrattiers du Parnasse ; il n’y a pas jusqu’aux femmes qui le font trotter en vers alexandrins ; et je ne sais pas quel diable de train elles le font aller ; mais il ne revient jamais à l’écurie qu’il ne soit crevé de coups d’éperon.


Apollon.

Puisqu’on a mis Pégase sur le pied d’un cheval de louage, c’est aux auteurs qui le louent à le nourrir.


Thalie.

Et comment voulez-vous que les auteurs nourrissent un cheval ? Les pauvres diables ont bien de la peine à se nourrir eux-mêmes. Voyez-vous, dans le temps où nous sommes, on n’engraisse guère à mâcher du laurier.


Apollon.

Ils m’ont promis qu’ils ne feroient plus que de bonnes pièces : il faut espérer qu’ils seront plus gras cet hiver.


Thalie.

Il est vrai que les auteurs et les comédiens sont du naturel des bécasses ; ils n’engraissent point que le froid ne leur ait donné sur la queue. Franchement, ces messieurs-là nous barbouillent terriblement dans le monde ; car le public croit que c’est vous et moi qui leur inspirons toutes les sottises qu’ils mettent sur le théâtre.


Apollon.

Le public a tort. Mais, à propos de sottises, qu’est-ce qu’une pièce que les comédiens italiens ont affi-