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L’ADORATION DES MONTAGNES.

Dans l’Arabie Pétrée, dans les pays d’Edom et de Moab, il n’est pas une seule hauteur, pas une colline, pas un rocher qui ne porte sa grossière pyramide de pierres, autel sur lequel des prêtres versaient le sang pour se rendre leur dieu propice. À Babel, où manquait la montagne, on la remplaça par ce fameux temple qui devait monter jusqu’au ciel. Le poète a reconstruit ce gigantesque édifice, non tel qu’il fut, mais tel que se l’imaginaient les peuples.

Chacun des plus grands monts à ses flancs de granit
N’avait pu fournir qu’une pierre.

Dans leur haine jalouse des cultes étrangers, les prophètes juifs maudirent souvent les « hauts lieux » sur lesquels les peuples leurs voisins plaçaient des idoles ; mais eux-mêmes n’agissaient point autrement, et c’est vers les montagnes qu’ils regardaient pour en évoquer leurs anges secourables. Leur temple s’élevait sur une montagne ; c’est également sur une montagne qu’Élie s’entretenait avec Dieu ; lorsque le Galiléen fut transfiguré et plana dans la lumière incréée avec les deux