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LE GLACIER.

engouffrés et y ont trouvé la mort ! On connaît pourtant des montagnards qui, tombés au fond de ces crevasses, meurtris, saignants, perdus dans les ténèbres, ont gardé leur courage et la résolution de revoir le jour. Il en est un qui suivit le cours d’un ruisseau sous-glaciaire et fit ainsi un véritable voyage au-dessous de l’énorme voûte aux glaçons croulants. Après une pareille excursion, il ne reste plus à l’homme qu’il descendre dans le gouffre d’un cratère pour explorer le réservoir souterrain des laves !

Certes il faut louer grandement le savant courageux qui descend dans les profondeurs du glacier pour en étudier les stries, les bulles d’air, les cristaux : mais que de choses nous pouvons déjà contempler à la surface, que de charmants détails il nous est permis de surprendre, que de lois se révèlent à nos yeux, si nous savons regarder !

En effet, dans ce chaos apparent, tout se régit par des lois. Pourquoi, vis-à-vis de tel point de la berge, une fente se produit-elle toujours dans la masse glacée ? Pourquoi, à une certaine distance au-dessous, la crevasse,