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À sa mère.


Chez MM. Fortier, Nouvelle-Orléans, 28 juin 1855.
Chère mère,

J’ai reçu ta lettre ce matin et j’y réponds uniquement pour te donner signe de vie, car tes peines me semblent trop profondes et trop invétérées pour qu’un souvenir de moi puisse aider à leur guérison, et, pourtant, Dieu sait combien je serais heureux si je pouvais te consoler quelque peu. Beaucoup de choses qui se sont passées ont amèrement contristé ton âme et tu sembles tout craindre de l’avenir. Je ne veux pas revenir sur le passé de peur d’émettre une opinion ou d’écrire un mot qui te blesse, et d’ailleurs à quoi bon revenir sur ce qui n’est plus et que force ni rage ne pourront jamais nous rendre. Je préfère, si tu as quelque confiance en mes paroles, essayer de te rassurer sur l’avenir.

J’ignore encore si mon frère a l’intention arrêtée de venir en Amérique ; mais s’il vient, ce serait une chimère de votre part que de craindre la faim pour lui et sa famille. Ici on n’a pas besoin de talent, ni même