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LES NUITS CHAUDES DU CAP FRANÇAIS


catéchisme… À Paris il y a, paraît-il, de grands esprits qui ne croient pas.

Dans cette nuit chaude, c’est en vain que j’essaie de m’assoupir. À chaque instant des idées surgissent en moi ; il faut que je reprenne mon cahier, ma plume, et que j’écrive comme pour soulager mon esprit en feu.

Le vrai soulagement sans doute serait de parler à Antoinette. Si, enfin, je savais ce qu’elle pense de Montouroy ? si j’avais la certitude qu’elle est prête à l’épouser. Elle partirait avec lui pour Saint-Domingue ; peut-être même le couple quitterait-il l’île ; je ne la verrais plus.

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Un désir de causer avec elle dès à présent m’a saisie. Il m’a semblé que le calme et la fraîcheur de la nuit seraient plus propices à notre entretien que le jour. Puis les esclaves dorment. Zinga elle-même s’est assoupie. Je l’entends ronfler à côté. Je ne verrai pas devant nous son sourire railleur ; elle ne soupçonnera rien ; elle ne s’avisera donc pas de m’adresser des reproches pour faire acte d’autorité.

Je me suis levée ; et, sans prendre la peine de me vêtir, j’ai traversé le corridor, je suis allée avec un flambeau jusqu’à la chambre d’Antoinette, j’ai écarté la portière : Antoinette dort aussi elle, doucement. C’est à peine si je perçois son souffle. J’ai été surprise. D’ordinaire elle se couche moins tôt. Je crains de l’éveiller. Elle est si tranquille ! Pourquoi troubler