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LES NUITS CHAUDES DU CAP FRANÇAIS


tendus comme une enfant qui craint d’être souffletée.

— Son joli cœur, si voulez savoir, maîtresse, continuait Zinga, se nomme Moussiu Dubousquens, négociant à Bordeaux, une peau blanche qu’a du sang pour le bourreau. Oui, des hommes comme ça, voudrais les voir au bout d’une corde !

— Elle ment, madame ! interrompit Antoinette. Écoutez-moi, je vous en prie ! Elle me hait. Elle invente tout ; il n’y a pas un mot de vrai dans ce qu’elle vous dit. C’est elle qui mettait chaque jour du poison dans votre vin.

— Et comment ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ! lui répliquai-je, moins effrayée du crime de Zinga que de l’astuce et de la scélératesse qu’avait montrée Antoinette.

— N’allait pas dire, disait Zinga, puisqu’elle commandait à moi.

— Et tu lui obéissais, abominable créature !

— Oui, lui obéissais. Croyais partir avec elle et Dubousquens pour France. Moi, l’aime, Dubousquens !

— Oh ! grand Dieu ! s’écria Antoinette en haussant les épaules.

— Oui, l’aime, et m’a aimée aussi… Mais regrette, car il est un porc… Était aujourd’hui départ. Au port Chariot. Et puis ai vu que voulaient pas m’emmener. Alors quand Antoinette m’a commandé de te mettre ce soir, dans ta raisinade, de la mancenille, au lieu d’arsenic, suis venue tout t’apprendre, maîtresse.