Page:Raoul - Trois satiriques latins, vol 1 Juvénal, 1842.djvu/89

Cette page n’a pas encore été corrigée


SATIRE IV




Le voilà ! c’est lui-même : oui, je le reconnais,
Et mes crayons souvent reproduiront ses traits ;
C’est Crispinus, ce monstre énervé de délices,
Dont aucune vertu ne rachète les vices.
Rongé d’un mal secret, d’adultères désirs
Réveillent seuls en lui l’aiguillon des plaisirs,
Et la veuve est sans charme à ses yeux impudiques.
Qu’importe qu’à l’abri de ses vastes portiques,
Qu’à l’ombre de ses bois façonnés en berceaux,
Sans sortir du Forum, il lasse ses chevaux ?
Le ciel pour le méchant n’a point de jour prospère :
Il n’en a point surtout pour un lâche adultère,
Pour un incestueux dont la coupable ardeur,
D’une vestale sainte outragea la pudeur,
Au risque de la voir, vierge déshonorée,
En sortant de ses bras toute vive enterrée.
Je l’accuse aujourd’hui d’un fait moins révoltant,
D’un fait dont néanmoins, s’il en eût fait autant,
Tout autre, un Séius même aurait porté la peine,
Mais que dans Crispinus on remarquait à peine.
Que faire, s’agit-il d’un trait plus monstrueux,
Lorsque le personnage est encor plus hideux ?
Il a d’un surmulet donné six grands sesterces.
Il est vrai, s’il faut croire aux histoires diverses
Où sur le merveilleux on va renchérissant,
Que c’était un poisson de six livres pesant.
Je ne le blâme point si, par ce sacrifice,