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On sait, Volusius, à quels dieux ridicules
L’habitant de l’Égypte offre ses vœux crédules.
Là, devant un ibis de serpents engraissé,
Se prosterne en tremblant un vulgaire insensé ;
Ici fume l’encens aux pieds d’un crocodile ;
Plus loin, sur Thèbes en cendre, une foule imbécile,
Aux lieux où de Memnon l’airain frémit encor,
D’un œil respectueux contemple un singe d’or.
Ils honorent le chat, le poisson des rivières ;
Le chien est adoré par des cités entières,
Diane par personne ! et non moins vénérés,
Leurs poireaux, leurs oignons à leurs yeux sont sacrés ;
Y porter de la dent la plus légère atteinte,
Serait un sacrilège. O la nation sainte
A qui dans ses jardins il naît de pareils dieux !
Ils n’égorgeront pas, ces peuples odieux,
La chèvre ou l’animal qui nous donne sa laine ;
Mais ils se permettront des mets de chair humaine.
Quand chez Alcinous, d’étonnement frappé,
D’un crime de ce genre, à la fin du soupé,
Ulysse entretenait les vieillards de Corcyre,
Quelqu’un dut s’en fâcher, on du moins en put rire.
Quoi ! nous n’oserons pas dans les gouffres profonds,
Avec son Polyphème et tous ses Lestrygons,
Envoyer ce hâbleur, digne d’un tel supplice,
Et qu’en effet Charybde en ses flancs l’engloutisse ?
Nous croit-il à ce point dépourvus de bon sens ?