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SATIRE VIII



Qu’importe, Ponticus une illustre naissance ?
Qu’importe d’étaler avec magnificence,
De ses aïeux rangés dans un ordre pompeux,
Les antiques portraits, les titres fastueux,
Les Scipions debout sur leur char de victoire,
Et, parmi ces tronçons ou de marbre ou d’ivoire,
Des Drusus mutilés, des Scaurus en éclats,
Un Galba sans oreille, un Corvinus sans bras,
Lorsque de ces héros, noircis par la fumée,
L’opprobre de tes mœurs flétrit la renommée ?
Lorsqu’aux yeux d’un Lépide, à l’aspect d’un Paulus,
Tu te livres sans frein à tes goûts dissolus,
Et que, les dés en main, passant la nuit entière,
A peine au point du jour tu fermes la paupière,
A l’heure où, préparant des triomphes nouveaux,
Déjà ces nobles chefs déployaient leurs drapeaux ?
Que sert à Fabius, fier de l’autel d’Hercule,
Que le pur sang des dieux dans ses veines circule,
Si, mortel orgueilleux, avide, efféminé,
Le trafic des poisons dont il est soupçonné,
Démentant les exploits de ces grands personnages,
De honte devant lui fait rougir leurs images ?
De cent titres en vain il marche revêtu,
Il n’est qu’une noblesse, elle est dans la vertu.

Descendant des Drusus, des vainqueurs de Carthage,
De leurs mœurs, avant tout, montre-moi l’héritage ;
Que l’éclat de ta vie efface leurs tableaux